Dans les années 1720 en France, vous étiez un homme qui venait de l’Est de l’Europe. Vous faisiez partie de la cour du roi déchu de Pologne, Stanislas Leczinski, mais vous n’en étiez pas proche, vous étiez juste à son service en tant que maître de musique de sa fille Marie et de ses dames. Vous n’aviez pas de titre de noblesse, mais vous étiez un bon musicien et ainsi égayez-vous les soirées de la petite cour de Wissembourg.

Le régent, Philippe d’Orléans, vint rendre visite à votre roi et il apprécia tout particulièrement vos talents et aussi la beauté de certaines des suivantes de Marie. Il demanda donc au roi Stanislas de le laisser vous emmener en France avec lui, ainsi que vos élèves les plus douées pour distraire sa femme qui vivait un peu à l’écart du monde. Stanislas n’avait rien à lui refuser, d’autant que l’idée d’un mariage de sa fille, Marie Leczinska, avec le petit roi de France avait été évoquée. Pour l’heure le roi était trop jeune, mais leurs fiançailles étaient déjà planifiées en secret.

Arrivé à Paris, vous avez également donné des leçons à des jeunes filles, qui étaient au service de la Duchesse d’Orléans. Vous n’avez pas aimé l’ambiance de la cour sur laquelle régnait le régent en attendant que le petit roi Louis XV monte sur le trône. Tout de suite, le climat que vous avez trouvée au Palais Royal, vous parut licencieuse, débauchée. Vous étiez un fervent catholique et toutes ces orgies dont vous entendiez parler vous choquaient profondément. Vous vous avez tout de suite pris le parti des dévots, Le petit roi même faisait déjà l’objet de ragots, car bien que très jeune, il était sous le coupe du duc d’Orléans et il n’y avait donc pas grand-chose à attendre de lui. Finalement vous vous êtes enfermé dans une bulle avec les Polonais qui étaient arrivés en même temps que vous.

Heureusement la plupart du temps le régent et sa clique demeuraient à Paris et un semblant d’ordre moral pouvait subsister chez la Duchesse d’Orléans qui, elle, résidait dans un petit château en dehors de Paris. Dans ses salons, vous avez fait des connaissances des gens qui étaient d’un autre siècle, ayant connu le roi Louis XIV, alors qu’il avait institué à sa cour une ère de dévotion sous l’égide de Mme de Maintenon. Il ne s’agissait bien entendu pas de jeunes gens, mais des personnes d’un certain âge très austères.

Peu à peu, votre talent de musicien, vous jouiez de clavecin, de la du violon, vous ont fait apprécier de tous. Vous avez été invité à jouer à l’Ecole de Saint-Cyr, qu’avait fondée Mme de Maintenon, où des jeunes filles nobles, mais pauvres étaient éduquées. Vous y êtes souvent allé et vous avez fait la connaissance d’une jeune fille, qui vous parut pleine de grâces et de vertus. Vous en êtes tombé amoureux et votre vœu le plus cher était de l’épouser, mais vous n’étiez pas noble, ni riche et la chose s’avérait peu possible.

Vous en avez parlé à certains de vos amis qui vous encouragèrent à la courtiser, vous promettant leurs aides pour convaincre Madame de Maintenon de vous permettre de l’épouser. Mais les mois passaient et rien ne changeait, mais à force de lui faire votre cour, la passion augmentait entre vous et finalement, malgré toutes les bonnes résolutions que vous aviez tous deux prises, vous avez succombé et vous êtes devenus amants ; non sans se repentir après devant Dieu, mais en recommençant dès que l’occasion s’en présentait. Vous vous étiez juré de n’être à jamais l’un qu’à l’autre et pour vous, vous étiez unis devant Dieu.

Mais le sort allait en décider autrement, Madame de Maintenon étant morte, cette jeune fille passait alors sous la protection de la duchesse d’Orléans, qui décida de l’envoyer au Palais Royal, pour faire son entrée dans le monde, en tant que demoiselle de compagnie d’une de ses filles. Et votre bien-aimée se trouva plongée dans la vie licencieuse que vous détestiez tant. Non seulement vous ne la voyez presque plus, mais vous vous inquiétez de ce qui pourrait lui arriver dans l’entourage du régent, même s’il ne vivait que peu avec sa femme, mais qui pourrait peut-être rencontrer « votre fiancée ». Et c’est ce qui arriva, c’est le cardinal Dubois qui la remarqua et qui, sous couvert de sa position d’ecclésiastique, lui proposa de devenir son confesseur. Elle n’y vit pas malice et c’est ainsi qu’elle se retrouva conviée dans des soupers où les mœurs étaient très libres.

Elle s’en ouvrit à la duchesse d’Orléans, qui lui répondit de ne pas s’inquiéter, qu’il n’y avait point de mal dans ces dîners, qui n’étaient que des amusements. En bref, votre bien-aimée se trouva mêlé avec les convives qui lui firent bien des avances, qu’elle refusa, tout en étant néanmoins tentée. Tout lui semblait n’être que plaisirs et splendeurs, et une nuit, dans un bal masqué, elle s’abandonna à un des seigneurs, si charmant et si charmeur.

Des lors, ce fut pour elle la descente aux enfers, vous n’aviez plus de nouvelles d’elle depuis longtemps, aussi êtes-vous venu à Paris pour la voir, mais elle vous fit répondre qu’elle n’était plus disponible pour vous. Elle était devenue la maîtresse d’un riche seigneur, ami du duc d’Orléans, qu’il l’entretenait somptueusement. Vous avez voulu d’abord vous tuer, puis vous avez pensé que votre mort ne servirait à rien, alors vous avez décidé de la tuer pour sauver son âme, en mettant fin à ses pêchés.

C’est ce que vous avez fait, et vous avez été arrêté sans résistance, jeté en prison et exécuté, mais c’est bien ainsi vous aviez envisagé la suite des choses. Cela avait l’avantage de vous éviter de devoir vous-même mettre un terme à votre vie, ce qui aurait contraire aux lois de l‘Eglise