Martin Luthrer King parlant devant une fouleDans les années 30 en Allemagne, vous étiez un homme, votre père était de souche allemande, bien que vivant en Silésie, et même si une partie de sa famille était polonaise. Votre mère, elle était originaire de Pologne et ses parents vivaient à Varsovie. Elle s’était convertie au catholicisme au moment de son mariage avec votre père. Ils habitaient à Breslau. Leur couple « mixte » ne causait aucun problème avec les voisins. Ils étaient tous deux musiciens et vivaient sur leur salaire de professeur de musique.

A votre naissance, vos parents avaient rejoint les parents de votre mère à Varsovie, car votre grand-père paternel étant très riche et ayant de nombreux amis bien placés, il avait fait en sorte que votre père intègre l’orchestre de l’opéra de Varsovie comme violoniste et votre mère comme violoniste.

Quand le troisième Reich débuta, votre famille n’avait pas a priori de problème pour continuer à vivre normalement, mais les parents de votre mère étant juifs, et avec l’occupation de la Pologne par l’armée allemande et la montée du nazisme, ils commencèrent à avoir des appréhensions pour eux. Votre grand-père maternel, grâce sa fortune et à ses relations pu bénéficier de passeports pour quitter le pays et se rendre aux États-Unis. Il proposa à vos parents de partir avec aux à New York, mais votre père avait des idées patriotiques pour l’Allemagne, et il avait adhéré au parti national socialiste, souhaitant une vie plus glorieuse pour les artistes dont il faisait partie. Il se fit ne nombreux amis parmi les membres du parti, qui lui promirent de le faire entrer un poste à l’opéra de Vienne, ville dans laquelle il partit s’installer avec vous et votre mère.

Personne ne pensa à l’inquiéter dans les premières années, mais après la nuit de Cristal, des voisins qui enviaient sa position et ses relations avec les nazis dénoncèrent votre mère comme juive. Bien qu’elle se soit convertie depuis longtemps, votre père commença à redouter qu’elle fût arrêtée. De plus, il sentait autour de lui que ses concitoyens lui montraient une certaine animosité provoquée par la jalousie. De plus, les autres juifs qu’il fréquentait parfois avaient été arrêtés et déportés – sans qu’il ne s’en préoccupe outre mesure -. Au fond de lui-même, il s’en voulait de son indifférence. Il fit en sorte pour que vous et votre mère partiez rejoindre vos grands-parents à New York. Lui resta parce qu’il n’y avait rien contre lui et qu’il voulait continuer sa carrière musicale ayant enfin été nommé chef d’orchestre à l’opéra de Vienne, grâce à ses relations.

Vous avez donc vécu aux États-Unis, suivant de loin les événements de la guerre 39 40. Vous ne pouviez pas vraiment comprendre l’attitude de votre père, d’autant que vos grands-parents maternels ne se gênaient pas pour dire que c’était un traître et un lâche. C’est ainsi que vous avez passé votre adolescence, ayant honte de votre père dont vous n’aviez aucune nouvelle, ignorant même qu’il avait été fait prisonnier par l’armée.

Votre mère elle, ne disait mot sur son mari, mais elle avait beaucoup souffert de son « abandon » pour des motifs carriéristes, d’autant que comme celui-ci avait demandé le divorce peu de temps après son départ, cela lui laissait à penser que peut être c’était dû au fait qu’elle ait été juive.

Elle ne s’en est jamais remise et restait très dépressive, si bien que c’est votre grand père se chargea de votre éducation, il vous fit convertir à la religion juive et œuvra en sorte que vous entriez à Harvard

Dans les années 50, vous êtes venu visiter avec votre mère. Vous vous sentiez entièrement étranger à ce pays, ne l’ayant connu que très jeune. Vous avez visité les camps et plus vous en voyiez, plus vous détestiez votre père, le considérant comme un nazi et puis un jour, lors d’un concert, vous avez rencontré un homme qui avait été son codétenu. Il vous révéla que si votre père vous avait éloignés votre mère et vous, c’était qu’en tant que membre du parti, il connaissait, contrairement au citoyen lambda polonais et allemand, le sort des juifs dans les camps de concentration et il avait été prévenu par ses relations nazies que, même les juifs convertis depuis moins de trois générations, risquaient d’être déportés. Dans le camp, votre père avait écrit des morceaux de musique en souvenir de votre mère et de vous qu’il n’avait jamais oubliés. Vous avez pu en retrouver quelques-uns, mais c’était un cri d’amour pour vous. Vous avez pu alors enfin pardonner à votre père.

Dans les années 60, vous avez été par la suite nommé avocat et vous avez fait une belle renommée comme fervent défenseur des droits civiques des Noirs

Mais toute votre vie, vous êtes seul, ne vous mariant jamais, de peur d’infliger à quelqu’une ce que votre père avait fait subir à votre mère.