Une vie passée dans les années 1830 en Angleterre

Une vie antérieure d’une femme de 77ans

Vous étiez une femme d’origine allemande, qui était venue à la suite du duc et la duchesse de Kent, parents de la future reine Victoria. Vous ne faisiez pas partie de ses amies, ni même de ses femmes de service. Vous étiez la fille d’un maître écuyer, déjà employé par le duc de Kent en Allemagne. Votre père avait suivi le couple princier en Angleterre, vous emmenant avec lui, votre mère étant morte en couches récemment. Il était en charge de l’entretien et des soins aux chevaux des cavaliers de la garde.

Vous grandissiez donc dans un environnement aussi fermé et un peu « élitiste », car vous n’aviez pas de proximité avec le peuple anglais. Vous côtoyiez plutôt les élus du royaume, mais de loin bien sûr puisque vous étiez qu’une fille et que vous n’aviez aucun rang, ni aucune fonction. Votre père avait pour vous de grandes ambitions et il vous fit donner une éducation supérieure à celle des jeunes filles ordinaires, dans le but de vous trouver un bon époux, dans l’entourage de la cour. Et bien sûr, vous montiez parfaitement à cheval. C’est ainsi que vous avez pu croiser Victoria, la probable héritière du trône ; lors d’une promenade. Vous n’aviez pas conscience de son rang, pour vous elle était juste une petite fille comme vous, une potentielle amie de jeu Vous êtes adressée à elle en allemand et elle en fut interpellée.

Votre naïveté et votre spontanéité la ravirent, elle qui n’avait que peu de liberté dans sa vie et elle fut heureuse aussi d’avoir trouvé quelqu’un à qui parler, une autre petite fille capable de la comprendre et de discuter de ses rêves et ses espoirs. Elle vous confia que sa mère l’empêchait d’avoir des relations avec quiconque et qu’elle sentait horriblement prisonnière.

En rentrant, vous avez raconté cette rencontre à votre père, qui fut très mécontent et aussi inquiet que vous ayez pu aborder ainsi la future souveraine et il menaça de vous renvoyer en Allemagne. Pourtant, vous avez continué à vous voir presque en secret et c’était d’autant plus amusant. Alors, quand il s’en aperçut, votre père vous renvoya dans sa famille, très stricte sur les bonnes mœurs en Allemagne. En dépit de cela, vous avez continué à communiquer avec Victoria et vous lui faisiez le récit de la vie et des paysages en Allemagne qu’elle n’avait jamais vu. Quand Victoria devint reine, elle demanda à votre père de vous permettre d’entrer à son service à la cour. Vous avez eu une position d’assistante à la garde-robe royale et elle se plaisait quelquefois à vous appeler pour que vous lui lisiez des œuvres de poètes romantiques allemands.

Un peu plus tard, la venue du Prince Albert et son mariage avec la reine vous enchanta, ramenant des jeunes filles et de jeunes allemands à la cour. C’est de l’un d’entre que vous êtes tombée amoureuse, mais la bienséance était que vous n’ayez pas le droit de penser à un garçon, sans l’autorisation de votre père. Et d’ailleurs, ce garçon était plus intéressé par une dame d’honneur de la reine, car il était très ambitieux et voulait se faire une place à la cour.

Vous êtes devenue très triste et mélancolique. De plus, la reine se trouva enceinte et donc moins encline à se distraire. Et puis maintenant, elle avait aussi Albert, donc vous vous êtes sentie un peu délaissée. Vous avez commencé à sortir du palais la nuit et à aller vous promener dans Londres où vous avez découvert un autre monde complètement différent et d’autres gens.

Vous y avez fait des rencontres, certaines bonnes, mais surtout mauvaises, car de par votre éducation, vous n’étiez pas préparée à la « Vie ». Vous vous faisiez passer pour une modiste, d’autant qu’étant assistante la garde-robe royale, vous aviez pas mal de connaissances en matière de mode. C’est dans le monde du théâtre que vous vous sentiez le mieux, vous admiriez les actrices et même quelquefois, vous les conseilliez sur leurs toilettes. L’une d’elle avait un frère très charmant, qui voyageait beaucoup, se disant journaliste. Il se rendait souvent en France et il vous racontait toutes sortes d’anecdotes amusantes sur les Français. En réalité, c’était un joueur professionnel et vivait des femmes, mais bien entendu, vous l’ignoriez !… Il vous proposa de vous emmener, mais vous ne pouviez pas quitter Londres sans que votre père s’en rendre compte. Jusque-là, vos absences n’étaient pas remarquées parce que vous ne sortiez que la nuit. Et pourtant, vous aviez vraiment envie de l’accompagner. Alors vous avez commencé à penser à vous enfuir avec lui. Il vous fit tout de suite comprendre qu’il ne pourrait pas subvenir à vos besoins, aussi vous avez dérobé de l’argent à votre père.

Ce garçon vous emmena en France et quand vous n’avez plus eu l’argent, il vous présenta des messieurs riches, qui étaient prêts à payer « vos services ». Ce fut un choc pour vous, vous tombiez de très haut et il n’était pas question pour vous d’accepter. Vous avez décidé de retourner à Londres, mais vous n’aviez pas bien sûr d’argent. Vous avez travaillé à droite et à gauche comme servante et comme blanchisseuse, mendiant au besoin jusqu’à ce que vous trouviez un bateau en partance pour l’Angleterre. Vous n’aviez néanmoins pas de quoi payer votre passage, mais vous avez eu de la chance, car le capitaine était un brave homme, il prit pitié de vous et vous embarqua à son bord sans rien vous demander.

Arrivée à Douvres, de nouveau vous avez dû travailler dans une auberge pour pouvoir payer le coche jusqu’à Londres. Et là, vous y avez appris que votre père était mort. Vous étiez dévastée, vous vous en sentiez coupable. Certes, votre disparition l’avait profondément touché et la découverte que vous l’aviez volé encore plus, mais sa mort était accidentelle, il avait été renversé dans une rue par un fiacre dont les chevaux s’étaient emballés,

Vous ne saviez plus quoi faire, vous n’osiez pas faire appel à la reine, vous aviez trop honte de vous et vous avez cherché du travail dans une boutique de mode. Malgré tout, vous étiez très affectée par tout ce qui vous était arrivé, d’autant que vous vous disiez que c’était de votre faute. Vous aviez vos illusions. Aussi, vous avez considéré comme une chance que le fils du propriétaire de la boutique vous demande de l’épouser. Il était veuf avec 2 enfants et recherchait une mère pour eux. Vous avez accepté sans passion et, dès lors, vous avez mené une vie de mère de famille toute simple et sans beaucoup de fantaisie. Nul ne sut jamais d’où vous veniez et ce que vous aviez vécu. Et ce n’est pas sans nostalgie que vous voyiez quelquefois passer la reine dans son carrosse.

Consultez nos récentes études dans lesCHRONIQUES
+