Une vie passée dans les années 1700 en France

Extrait d’une étude  de vies mineures pour un homme de 40 ans

Dans les années 1700 en France, vous étiez une femme qui exerçait la profession de lingère. Vous étiez venue à Paris pour y trouver du travail en sortant du couvent où vous aviez été élevée. Vous étiez une enfant trouvée dont la subsistance avait été assurée par les bonnes soeurs et leurs mécènes, qui étaient des dames aristocrates qui faisaient leurs bonnes oeuvres. La mère supérieure de votre couvent était d’ailleurs une fille noble qui avait pris le voile, ainsi qu’il arrivait souvent à cette époque et avait obtenu la direction de la communauté grâce à l’intervention de sa famille. Vous n’étiez pas vouée à entrer dans les ordres, et la mère supérieure vous incitait à ne pas le faire. En réalité, elle n’aimait pas la vie qu’elle menait et elle fit tout pour vous aider à quitter le couvent en vous adressant à une de ses amies à Paris.

C’était une femme bien vue à la cour et assez proche de Mme de Maintenon, qui, elle-même, avait sa « maison pour les jeunes filles nobles », ce que vous n’étiez pas, mais elle s’évertua à vous placer auprès de gens pieux et bien-pensants. Vous êtes devenue lingère d’une marquise assez âgée, mais qui avait connu la cour de Louis XIV à la grande époque et elle aimait à le raconter à ces dames. Vous avez été émerveillée par ces histoires et le faste de la vie à la cour d’alors qu’elle décrivait. Vous rêviez de pouvoir aller à Versailles, mais votre position ne vous le permettait pas. De plus, depuis quelque temps, une vie plus stricte régnait à la cour, depuis que le roi avait épousé Mme de Maintenon.

La marquise elle-même ne séjournait pas au château même et la plupart du temps elle habitait Paris. Elle n’y allait que pour des réceptions devenues rares. Quelquefois, elle invitait de nobles amis dans sa demeure, là vous pouviez les apercevoir et, malgré les rigueurs morales d’alors, ils vous apparaissaient si élégants et si somptueusement parés. La marquise avait un petit neveu qui était diacre et qui venait quelquefois visiter sa tante. Il vous aperçut et il entreprit de vous séduire. Lui vous était indifférent, mais vous avez fini par vous dire que c’était le meilleur parti que vous pourriez trouver, car évidemment vous pensiez qu’il voulait vous épouser et vous l’avez cédé. Mais il ne fit de vous que sa maîtresse et non sa femme comme vous le croyiez. Vous vous en êtes plainte à la marquise, qui se déclara outrée par votre conduite et décida de se séparer de vous.

Vous vous êtes donc retrouvée sans travail à Paris, ni nulle part où aller. Vous avez erré dans les rues pendant quelques jours et une bonne dame charitable vous recueillit dans sa maison, qui n’était pas à ce pensionnat de jeunes filles, mais une « maison de tolérance ». Vous vous devenue rapidement une courtisane très appréciée et vous avez eu une clientèle composée des grands de ce monde, qui tous fréquentaient la cour dont vous aviez tant rêvé. Louis XIV était mort et le régent régnait. Ainsi, avec le climat débauché du moment, vous avez connu pendant quelques années la vie étincelante dont vous rêviez.

Vous ne vous êtes jamais mariée et vous aviez pris une horreur des hommes leur préférant les femmes. Vous avez fait la connaissance d’une dame anglaise lors d’un diner « fin » comme en donnait la bonne société de l’époque et auquel elle assistait moins par vice que par curiosité des mœurs françaises. Elle vous retira du milieu où vous viviez et vous êtes partie avec elle en Angleterre où vous avez fini dans un manoir à la campagne en compagnie de votre amie.

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